Du 16 au 23 mai aura lieu la semaine mondiale de l'accouchement respecté.

A cette occasion, et 4 mois après la naissance de Tristan, j'ai pris le temps d'écrire un texte où je répond à la question que tout le monde me pose : "Mais pourquoi tu as accouché chez toi ?" et où je raconte la naissance d'Arthur et celle de Tristan.

Bonne lecture ... pavé en vue ;-)



Pourquoi j'ai choisi l'accouchement à domicile

Récit de la naissance de Tristan


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Notre petit Tristan a vu le jour le 31 décembre 2009 à 8h50, dans la douceur et la chaleur de son foyer. Lorsque je dis que j'ai accouché chez moi, les gens pensent tout d'abord que je n'ai pas eu le temps d'arriver à la maternité. Or ce choix a été l'aboutissement d'une longue réflexion pour moi et Raphaël.

 

 

Arthur est né à l'hôpital, un accouchement normal, sans aucune intervention, même pas une petite épisio. Je voulais accoucher sans péridurale, j'en avais parlé à la sage-femme lors de mon arrivée à la maternité. Comme j'avais un streptocoque B, la gynéco qui avait suivi ma grossesse m'avait dit qu'on me poserait une perfusion d'antibiotiques dès mon arrivée. Effectivement c'est ce que la sage-femme a fait. Moi dans ma naïveté, et ma grande confiance au monde médical (ils connaissent leur boulot quand même), je n'ai pas posé de question du genre « C'est bien les antibio n'est ce pas ? ». Bref quelques instants après la pose de cette perf, la douleur est soudainement devenue insupportable. Les contractions qui jusqu'alors étaient tout à fait gérables, sont devenue d'une telle violence, elles s'enchainaient sans me laisser le temps de souffler entre 2. La sage-femme me demandait sans cesse « Et là, vous ne voulez pas la péri ? »... « Vous savez l'anesthésiste est dispo, si je l'appelle il arrive de suite » … « Vous savez, là vous n'avez pas encore perdu les eaux, mais quand la poche sera rompue, la douleur sera encore plus forte». Dites donc à un fumeur qui essaye d'arrêter de fumer « T'es sure que tu ne veux pas une p'tit clope ? … aller rien qu'une seule, ça ne te fera pas de mal ! ». Moi qui attendait de la sage-femme du soutient, de l'encouragement, la seule chose qu'elle avait à me proposer c'était cette Sainte Péridurale. Ajouter à cela le fait que j'étais attachée sur la table d'accouchement, le monitoring en continue sur le ventre, une perf dans un bras, le brassard pour me prendre la tension dans l'autre (protocole de la maternité !), je ne pouvais que subir la douleur qui s'est alors transformé en souffrance. C'est à cet instant qu'une élève sage-femme m'a posé cette question : « Mais pourquoi vous refusez la péridurale ? ». Je lui ai alors expliqué que je savais qu'ils accompagnaient souvent la péri d'une perf de syntocinon (ocytocine de synthèse = hormone de l'accouchement qui provoquent les contractions pour compenser les effets de la péri qui ont tendance à ralentir le travail). Ce produit est utilisé notamment pour déclencher les accouchements, il provoque des contractions intenses et augmente le risque de souffrance fœtale (le premier qui subit les contractions, ce n’est pas la maman, mais bien le bébé). Là, la jeune élève regarde ma perfusion et me dit : « Mais madame, c'est ce qu'on vous a déjà injecté depuis tout àl’heure... ». A quoi bon se battre alors lorsqu'on sait que le Dr. Michel Odent (« pape » de l'accouchement respecté) dit lui-même que de donner naissance couché sur le dos, sans pouvoir bouger et avec ce produit injecté dans nos veines n'est autre que de la TORTURE. J'ai donc accepté la péri. Le soulagement a été immense, j'ai remercié l'anesthésiste immédiatement d'avoir mis fin à ma douleur. Arthur est ensuite né, sur le coup j'étais donc ravie de mon accouchement.

 

Seulement voilà, les mois ont passé et en repensant à mon accouchement, j'avais un grand sentiment de frustration. Ça ne c'était pas passé comme ça aurait du. Pour moi je n'avais pas accouché, on m'avait accouché, à vrai dire j'avais la sensation de n'avoir pas donné naissance à mon bébé, de ne pas savoir ce que ça faisait que d'accoucher, de ne pas être allé jusqu’au bout.

 

 

Lorsque je suis tombée enceinte de Tristan, je voulais qu'on respecte mes choix, et surtout qu'on respecte mon bébé. Or seul l'accouchement à domicile ma garantissait cela, grâce à ce qu'on appelle « l'accompagnement globale » (= une seule et même personne qui suit notre grossesse, qui nous prépare à l'accouchement, qui est présente lors de la naissance, et pour les soins de suite de couche). Bref je voulais rencontrer une personne qui connaisse mes choix, en qui je pouvais faire confiance, mais surtout une personne qui ME fasse confiance dans ma capacité à mettre au monde mon enfant sans péridurale. Alors que la plupart des papas sont un peu réticent à l'accouchement à domicile, Raphaël a tout de suite été convaincu par cette idée. Ceci dit il nous fallait savoir si cette pratique était réellement dangereuse, notre premier intérêt étant évidement la sécurité du bébé … ainsi que la mienne. J'ai cherché sur le net des témoignages, les études faites dans le monde sur le sujet. Et contrairement à ce que pense la plupart des gens, l'accouchement à domicile, accompagné d'une sage-femme, chez les femmes qui ont eu une grossesse sans complication n'est pas seulement aussi sur, mais entrainent même moins d'interventions (comme épisio, forceps, césariennes) que les accouchements réalisés en hôpitaux !!! Aux Pays-Bas 1 femme sur 3 donne naissance chez elle, et le taux de césarienne global est de 13,6 % (en France à peine 1% d'accouchement à domicile, pour un taux de césa de 20,1% en 2008). Bien sur il y a des conditions très strictes pour l'AAD , ce n'est qu'en toute fin de grossesse que la sage-femme nous donne le feu vert … ou pas.

 

 

Dès le début de ma grossesse, j'ai rencontré Julie et Françoise, mes 2 sages-femmes et le contact est tout de suite passé, je me sentais vraiment en confiance. Durant ma grossesse, avec elles j'ai eu le temps de me préparer à la douleur, pour non pas la gérer, mais l’accepter et la vivre. Accoucher ça fait mal, ça fait même très très très mal, alors pourquoi ne pas choisir la Sainte Péridurale, grand progrès de la médecine moderne pour le bien-être des femmes ??? Parce que le plus important, ce n'est pas la douleur, mais le sens qu'on donne à cette douleur (bon un peu facile de dire ça avant d'avoir accouché ou après lorsqu'on a enfin son bébé dans les bras, parce que sur le coup, quand la douleur est insupportable, on a l'impression qu'elle ne cessera jamais … voir même on a l'impression qu'on est en train de mourir !!! C'est ce qu'on appelle « la phase de désespérance » (hmmm encourageant !), mais c'est important de le savoir, pour s'y préparer. Je ne suis pas maso, je suis même un peu chochotte, mais je voulais vivre cette douleur. La douleur de l'accouchement, contrairement à toutes les autres douleurs qu'on peut vivre dans notre corps, n'est pas une douleur pathologique signe que quelque chose va mal, c'est une DOULEUR DE VIE !!! Notre corps est non seulement programmé pour supporter cette douleur, mais en plus il développe ses propres moyens de défense, en sécrétant des endorphines... encore faut-il être dans un environnement calme, tranquille. Et puis surtout il ne faut jamais perdre quelque chose de vue : nous ne sommes pas seule à avoir mal. Le bébé, souffre tout autant des contractions (d'où la surveillance de son petit cœur pendant le travail), et il n'existe pas de péridurale pour lui. La douleur est donc nécessaire à la maman … pour aider son bébé. C'est la douleur qui guide notre corps, c'est elle qui nous inspire à nous mettre dans telle ou telle position, pour aider notre bébé à descendre. Si nous sommes coupés de la douleur, de nos sensations, alors le bébé doit se débrouiller tout seul pour trouver le chemin. D'où la nécessité absolue d'être mobile pendant le travail, coucher les femmes sur le dos (comme on le voit dans les maternités), n'est qu'une aberration … et avez-vous déjà vu un animal donner naissance à ses petits couchés sur le dos, les pattes en l'air ???

 

Avant ma grossesse, j’ai rencontré Yaël, doula, par le biais de l’association Mamayaya, avec qui j’ai eu l’occasion d’échanger à de nombreuses reprises sur la naissance. J’étais tout à fait en accord avec sa façon de voir les choses, et quand elle m’a proposé de m’accompagner pour ma grossesse et mon accouchement, j’ai immédiatement dit oui ! Je savais que Yaël m’apporterait le jour J le soutien, la présence dont j’avais manqué pour la naissance d’Arthur. Les doulas ne proposent pas d’accompagnement médical, elles ne peuvent donc pas assister seule la maman. Leur profession n’est pas encore très répandue en France, contrairement aux pays anglo-saxons et malheureusement, elles ne sont pas vues d’un très bon œil par certaines équipes médicales et les sages-femmes qui ont l’impression qu’elles leur piquent leur travail. Heureusement elle connaissait Françoise et Julie qui ont quelques fois l’occasion de travailler avec des doulas.

 

 

Le grand jour est arrivé le 31 décembre 2009. J'ai été réveillée vers 3h du matin avec quelques contractions particulières, différentes de celles que j'avais eues les jours précédents. Je me lève, prend un bain + 1 spasfon ..... ça ne passe pas, je regarde ma montre, elles sont déjà espacées de seulement 5 minutes. J'appelle donc Julie ma sage-femme qui arrive à 5h30. Je suis dilatée à 5, pas de doute, bébé naitra bien en 2009 !!! J'appelle donc Yaël qui arrivera très rapidement après. Je suis donc dans la pièce où on avait installé le sapin et la crèche, il n'y a comme éclairage que la guirlande lumineuse du sapin et 2 bougies ... c'est une ambiance très particulière qui règne dans la maison. Et à partir de là ça va très vite. Les contractions sont de plus en plus douloureuses, je suis à genoux, les coudes appuyé sur le fauteuil, c’est dans cette position que je me sens le mieux. Jamais personne ne m’a dit de me mettre comme ci ou comme ça, on me laisse sentir les choses. Je tiens la main de Raphaël et celle de Yaël, à chaque contraction je leur broie les mains, les pauvres. Ils me massent le dos pendant que Julie me met des gants de toilettes d'eau bien chaude sur le bas du dos et sur le périnée ... j'ai l'impression d'être chouchouté. Comme dis Raphaël, ils n'étaient pas trop de 3 pour s'occuper de moi. Yaël respire avec moi, vers la fin, quand je suis dans la phase de désespérance, que je sens que je perds pieds, que ça devient insoutenable, que je hurle, elle continue à respirer, et ça m'aide à me calmer. Je cale ma respiration sur la sienne, et la contraction passe. J’ai l’impression qu’elle partage avec moi la douleur. Entre chaque contraction je suis comme shootée, je ferme les yeux, je suis dans ma bulle, je dis même que j'ai terriblement envie de dormir ! Jamais la sage-femme ne me dira de prendre telle ou telle position, ni de respirer de telle façon, elle me laisse totalement libre, c'est mon corps qui me guide. Je reste à genoux, mais quelques fois je me mets soudainement debout… toujours sans réfléchir, sans calculer ce que de devrais faire ou pas. A dilatation complète, une contractions super forte fait totalement exploser la poche des eaux, ça me surprend tellement que je dis "C'est quoi ce truc ???!!!". Et puis vient l'envie de pousser, mais une envie tellement intense !!!! Là encore, la sage-femme ne me dis pas quand ni comment pousser ....pas besoin d'ailleurs ça pousse tout seul de toute façon. Sensation de brûlure terrible, et en 3 contractions, Tristan sort, la sage-femme le récupère (elle lui enlève le cordon qui était enroulé autour de son coup et autour de son épaule) et le pose simplement par terre devant moi. C'est incroyable comme la douleur insoutenable disparait aussi immédiatement que l'amour nous submerge !!!   Je prends mon petit bonhomme et le sert contre moi ... Il crachouille mais ne pleure pas, il va bien, la maison a retrouvé son calme, il est 8h50. On reste en peau à peau, la délivrance se fait tout naturellement 20 ou 30 minutes après (je ne sais plus, j’ai perdu toute notion du temps). Tristan tètera pendant presque 2 heures, et Raphaël est comblé en admirant son fils ! Arthur fera la connaissance de son petit frère en fin de matinée (une amie était venu le chercher quelques instant avant la naissance lorsqu’il s’était réveillé).

 

 

Voilà, je ne pouvais pas rêver de plus bel accouchement, j'ai un sentiment de satisfaction énorme, je suis très fière de moi, de notre choix. Accoucher chez moi aura été l'un des meilleurs choix que j'ai fait dans ma vie !!!